Sable, eau et Britanniques en goguette

Vous allez lire l’histoire de la première montre automatique de poignet. Elle est née dans la tête de John Harwood, un jeune horloger fatigué de voir des clients affluer avec leur montre pleine d’eau et de sable. Il se dit aussi que c’est dans les tranchées de France, de la boue jusqu’aux yeux, sous la pluie et les obus Allemands, que l’idée germa.

Bref, cet homme passait trop de temps à régler des problèmes dus à la poussière et à l’humidité. Et pour cause : il travaillait sur l’île de Man, alors le Saint Tropez du Royaume Unis. Le principal point d’entrée de l’eau dans une montre était alors la couronne (c’est, dans de nombreux cas, toujours actuel). Harwood eu donc l’idée de concevoir une montre sans tige de remontoir et sans couronne. C’est presque comme si, on avait aujourd’hui, l’idée de supprimer l’écran d’un smart-phone.

Montre automatique et lunette de réglage

Dans l’esprit de John Harwood, pour éliminer la tige de remontoir, il fallait concevoir une modification fondamentale du système de remontoir du ressort moteur et de réglage des aiguilles. “Il fallait, selon lui, remonter les ressorts de rouages sans que l’homme ai besoin de s’en charger lui même”.

Ainsi naquis le premier prototype de montre bracelet automatique. Conçu à partir d’un mouvement Suisse à remontage mécanique générique. Mais cette ébauche, trop grossière, n’était pas satisfaisante pour ce fin horloger. Les suivants furent plus petits et ne possédaient plus d’axe de remontoir. Une masse à butée pour remonter et une roue crantée, actionnée par une crémaillère, pour mettre à l’heure.

 

 

 

 

Cette crémaillère pouvait se situer dans la lunette; pour les modèles ronds, ou dans le fond de boîte; pour les modèles carrés ou coussins, très à la mode dans cette période Art Déco. Une pastille sous le cadran indiquait si la crémaillère était “en prise” et que les aiguilles étaient prêtes à tourner. Rouge lorsque c’est débrayé et argenté lorsque c’est “en prise”. Ici à 6 heures, au milieu de l’étoile.

Mouvement à butées

Le principe de remontage automatique imaginé par John Harwood en 1924 est celui qui fût copié par toutes les marques quinze ans plus tard. Il inventa le mécanisme dit : “bumper“. Une masse amortie par des ressorts en butée et tournant autour d’un axe, remontant le ressort moteur à chaque mouvement du poignet. Les masses libre d’aujourd’hui découlent directement de cette invention breveté en 1924 et produit en série en 1926.

Mais une idée, même la meilleure du monde, nécessite des moyens financiers pour être mise en œuvre. John, qui était un modeste horloger, se mis en quête d’un fabriquant. Malheureusement, la plus part des Suisses le prirent pour un illuminé (Mr LIP lui même, ne fût pas très inspiré pour ce qui est des mouvements automatique, mais c’est une autre histoire). Seul le fabriquant d’ébauches AS et Walter Vogt, propriétaire de la manufacture Fortis, reconnu le génie et la portée de cette invention.

Lorsque Harwood eut convaincu des investisseurs Britaniques, la fabrication pu commencer. AS fournit alors les ébauches, Fortis assura le montage et la commercialisation internationale et Blancpain celle de la France.

 

 

Maladie juvénile et crise de 29

L’histoire de la première montre mécanique de poignet de termine en 1931 suite à la crise économique mondiale. Mais pas que. Les montres Harwood, bien que superbement imaginées, souffrent de nombreuses maladies de jeunesse qui firent obstacle à un succès commercial.

 

 

 

 

Aujourd’hui, les modèles qui restent sont difficiles à restaurer. Entre les boîtiers chromés, le manque de pièces, et la conception sans tige de remontoir (pas si avantageuse que ça), c’est un calvaire à réparer et à régler. Mais ce sont des montres emblématiques des années 30, période si riche en invention, si bouillonnante d’idées novatrices.

La marque Harwood existe encore aujourd’hui, les montres sont équipées de mouvement ETA et elle est toujours commercialisée par Fortis.

 

Sources : “Montres-bracelet” édition place des victoires.

Photos : Collection privée Paul Bouyssou